Moustiques

On parle du moustique comme s’il n’en existait qu’un. En réalité, la France métropolitaine abrite environ 65 espèces différentes, aux mœurs, aux habitats et aux risques sanitaires très variés. Toutes ne piquent pas l’homme, loin de là — et certains insectes que l’on prend pour des moustiques n’en sont même pas. Ce guide présente les grandes familles de moustiques présents chez nous, les espèces qu’il faut vraiment connaître, et les « faux moustiques » comme le fameux cousin, qui ressemble à un moustique géant mais ne pique jamais.

Qu’est-ce qu’un moustique, exactement ?

Les moustiques forment la famille des Culicidés (Culicidae). Ce sont des diptères, c’est-à-dire des insectes ne possédant qu’une seule paire d’ailes fonctionnelles, comme les mouches. On en connaît plus de 3 500 espèces dans le monde, dont une soixantaine en France métropolitaine, réparties principalement en sept genres : Aedes, Anopheles, Culex, Culiseta, Coquillettidia, Orthopodomyia et Uranotaenia.

Deux idées reçues méritent d’être corrigées d’emblée :

  • Seules les femelles piquent. Les mâles se nourrissent exclusivement de nectar. La femelle, elle, a besoin des protéines du sang pour faire mûrir ses œufs : la piqûre n’est donc pas un repas, mais une étape de la reproduction.
  • Le moustique est utile. Larves et adultes constituent une biomasse considérable qui nourrit poissons, amphibiens, oiseaux et chauves-souris ; les adultes participent même à la pollinisation. La lutte raisonnée vise à réduire la nuisance, pas à éradiquer un maillon des écosystèmes.

En pratique, trois genres concentrent l’essentiel des piqûres et des enjeux sanitaires en France : Aedes, Culex et Anopheles.

Reconnaître les trois grands genres

Un œil exercé distingue ces trois genres à quelques détails simples : la posture au repos, l’aspect, l’heure d’activité et le rôle vectoriel.

GenreAspectPosture au reposActivitéRôle sanitaire en France
AedesCorps sombre marqué de taches ou rayures blanchesCorps parallèle au supportDiurne (matin et fin d’après-midi)Dengue, chikungunya, Zika
CulexBrun-gris, terne, sans motif contrastéCorps parallèle au supportNocturne (crépuscule à l’aube)West Nile, Usutu
AnophelesAiles souvent tachetéesAbdomen relevé, en obliqueAube et crépusculePaludisme (aujourd’hui absent de métropole)

Un repère complémentaire pour les entomologistes amateurs : chez la femelle Anopheles, les palpes sont aussi longs que la trompe, alors qu’ils restent courts chez Culex et Aedes. Et même les larves diffèrent : celles d’Anopheles se tiennent à l’horizontale, plaquées sous la surface, tandis que celles de Culex pendent en oblique, suspendues à leur siphon respiratoire.

Les espèces à connaître

Le moustique tigre (Aedes albopictus)

C’est aujourd’hui l’espèce la plus préoccupante. Petit, rayé de noir et de blanc, actif en plein jour et silencieux, le moustique tigre est arrivé en France en 2004 et colonise désormais la grande majorité du territoire. Il pond dans les plus petits volumes d’eau stagnante autour des habitations et transmet la dengue, le chikungunya et le Zika. C’est l’espèce contre laquelle la lutte est à la fois la plus difficile et la plus nécessaire. 👉 le moustique tigre

Le moustique commun (Culex pipiens)

C’est le moustique de nos étés, celui qui vous réveille la nuit avec son bourdonnement caractéristique. Brun-gris, sans rayures marquées, il pique au crépuscule et dans l’obscurité, souvent à l’intérieur. La femelle pond ses œufs en petits « radeaux » flottants sur les eaux stagnantes riches en matière organique : gouttières, regards, bidons oubliés. En France métropolitaine, il ne transmet pas de maladie grave à l’homme, mais il est le principal vecteur du virus West Nile et du virus Usutu, qui touchent surtout les oiseaux et les chevaux.

Les anophèles (Anopheles spp.)

Ce sont les moustiques du paludisme — mais rassurez-vous : la maladie a été éliminée de France métropolitaine au XXᵉ siècle. Les anophèles restent pourtant bien présents, notamment dans les zones humides du Sud, en Camargue et en Corse. On les reconnaît à leurs ailes tachetées et à leur posture typique, l’abdomen dressé en oblique au repos. Ils ne transmettent le paludisme que si le parasite (Plasmodium) circule, ce qui n’est plus le cas chez nous, hors cas importés. 👉 les anophèles

Le moustique de la fièvre jaune (Aedes aegypti)

Proche cousin du moustique tigre, Aedes aegypti est le vecteur historique de la fièvre jaune et de la dengue. Il est absent de France métropolitaine mais bien implanté dans plusieurs territoires d’outre-mer, où il constitue un enjeu sanitaire majeur.

Les moustiques des marais (Aedes caspius, Aedes detritus, Aedes vexans)

Moins connues du grand public, ces espèces autochtones sont pourtant les plus agressives envers l’homme dans certaines régions. Elles se développent dans les marais, les prés inondables et les zones saumâtres du littoral, et peuvent voler plusieurs kilomètres depuis leur gîte — voire être emportées à plus de cinquante kilomètres par le vent. Ce sont elles qui rendent certaines soirées d’été insupportables en Camargue ou sur les côtes.

Les « cousins » et sosies du moustique

Beaucoup d’insectes se font passer pour des moustiques sans en être. Savoir les distinguer évite bien des paniques inutiles — et beaucoup d’insecticides employés à tort.

Le cousin : une tipule, pas un moustique

C’est la confusion la plus répandue. Le cousin désigne dans le langage courant la tipule (genre Tipula, famille des Tipulidae) : ce grand insecte aux pattes interminables et au vol maladroit qui s’invite le soir près des fenêtres éclairées. Sa ressemblance avec un moustique géant est trompeuse : la tipule ne possède pas d’appareil piqueur et ne pique donc jamais. Adulte, elle se nourrit à peine ; ses larves, en revanche, vivent dans le sol et peuvent parfois abîmer les racines des pelouses.

Le mot mérite une précision d’histoire naturelle : en ancien français, « cousin » désignait bel et bien le moustique piqueur. C’est par ressemblance que le nom a glissé vers la tipule, au point qu’aujourd’hui, quand on parle d’un « cousin », on désigne presque toujours l’insecte inoffensif. Un exemple parfait de la façon dont les noms vernaculaires peuvent induire en erreur.

Le chironome : le moucheron des essaims

Autre sosie fréquent : le chironome (famille des Chironomidae). Ces moucherons forment au-dessus de l’eau ou des jardins ces fameuses « colonnes » dansantes au coucher du soleil. Là encore, aucune inquiétude : ils sont dépourvus de trompe piqueuse et ne se nourrissent pas de sang. Leur présence en nombre est même un indicateur de bonne qualité écologique des milieux aquatiques.

Comment se protéger, quelle que soit l’espèce ?

Identifier l’espèce responsable de la nuisance oriente la lutte : un moustique tigre né dans une soucoupe sur votre terrasse ne se combat pas comme un moustique des marais venu de plusieurs kilomètres. Dans tous les cas, la même hiérarchie de mesures s’applique — supprimer les eaux stagnantes, piéger, se protéger physiquement, puis utiliser un répulsif homologué.

Questions fréquentes

Combien d’espèces de moustiques y a-t-il en France ? Environ 65 espèces sont recensées en France métropolitaine, mais une quinzaine seulement pique régulièrement l’homme.

Le cousin est-il un moustique dangereux ? Non. Le cousin est une tipule : un insecte inoffensif, dépourvu d’appareil piqueur. Il ne pique pas et ne transmet aucune maladie.

Tous les moustiques transmettent-ils des maladies ? Non. La grande majorité des espèces sont sans danger sanitaire en France. Seules quelques-unes (Aedes albopictus, certains Culex, les Anopheles en présence du parasite) présentent un risque avéré.

Pourquoi certaines personnes sont-elles plus piquées que d’autres ? Les moustiques repèrent leurs hôtes grâce au CO₂ expiré, à la chaleur, à l’humidité et aux odeurs de la peau, elles-mêmes liées à la flore bactérienne cutanée. Cette signature individuelle explique les différences de « sensibilité ».

Le mâle moustique pique-t-il ? Jamais. Seules les femelles piquent, pour nourrir leurs œufs. Mâles et femelles se nourrissent par ailleurs de nectar.


Ce guide est rédigé à partir des données de l’ANSES, de Santé publique France et de la littérature entomologique de référence. Notre approche s’appuie sur une formation en agronomie et en entomologie, avec une attention constante portée à l’exactitude des noms d’espèces et des faits.

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