L’anophele

C’est le moustique le plus meurtrier de la planète — mais pas chez nous. L’anophèle est le vecteur exclusif du paludisme, l’une des premières causes de mortalité infantile dans le monde. En France métropolitaine, pourtant, il n’y a plus lieu de le craindre pour cette raison : la maladie a été éliminée du territoire au cours du XXᵉ siècle. L’insecte, lui, est toujours là, discret et bien implanté. Voici ce qu’il faut savoir sur ce moustique au passé lourd d’histoire.

Qu’est-ce qu’un anophèle ?

L’anophèle appartient au genre Anopheles, un genre ancien de la famille des Culicidés (Culicidae), au sein de la sous-famille des Anophelinae. On en connaît 464 espèces réparties sur les cinq continents, mais seule une soixantaine transmet effectivement le parasite du paludisme à l’homme, et une vingtaine assure l’essentiel de la transmission mondiale. Fait notable : c’est le seul genre de moustique capable de transmettre le paludisme humain.

Son nom n’est pas flatteur : « anophèle » vient du grec et signifie à peu près « inutile » ou « nuisible ». Comme chez tous les moustiques, seule la femelle pique, le sang lui étant nécessaire à la maturation de ses œufs.

Comment le reconnaître ?

Quelques critères permettent de distinguer un anophèle d’un moustique commun (Culex pipiens) ou d’un moustique tigre (Aedes albopictus) :

  • Les ailes sont souvent tachetées, marquées de zones claires et sombres, là où celles des autres genres sont uniformes.
  • La posture au repos est caractéristique : l’anophèle se tient l’abdomen relevé, dressé en oblique par rapport au support, presque « en équilibre sur la tête », alors que Culex et Aedes restent parallèles à la surface.
  • Chez la femelle, les palpes sont aussi longs que la trompe — un détail d’entomologiste, mais infaillible.
  • Le vol est silencieux et la piqûre discrète, peu douloureuse.
  • Les larves se tiennent à l’horizontale, plaquées juste sous la surface de l’eau, sans le siphon respiratoire oblique des larves de Culex.

L’anophèle est actif surtout à l’aube et au crépuscule, et se montre en France assez peu agressif envers l’homme.

Où vit l’anophèle en France ?

Plusieurs espèces d’anophèles sont implantées de longue date sur le territoire, notamment dans le Sud, sur le littoral atlantique, en Corse et dans les zones humides du Centre. Le groupe le plus connu est le complexe Anopheles maculipennis, qui rassemble plusieurs espèces jumelles longtemps confondues. On rencontre aussi Anopheles plumbeus, dont les larves se développent dans les trous d’arbres remplis d’eau, Anopheles claviger, et, dans le Sud, Anopheles hyrcanus.

Deux hauts lieux méritent d’être cités. La Camargue d’abord, où la riziculture a longtemps favorisé la prolifération des anophèles au point de rendre les soirées d’été difficiles dans le delta du Rhône. La Corse ensuite, où Anopheles maculipennis labranchiae, vecteur potentiellement compétent, reste présent dans des zones autrefois impaludées. Leur répartition suit partout l’eau douce calme, l’humidité et la chaleur.

Son rôle : le vecteur du paludisme

Le paludisme (ou malaria) est une infection parasitaire due à plusieurs espèces de Plasmodium, dont la plus dangereuse est Plasmodium falciparum, responsable des formes graves comme le neuropaludisme. Le cycle du parasite est intimement lié à l’anophèle femelle : en piquant, elle inocule avec sa salive les formes infectantes (sporozoïtes), qui gagnent le foie puis les globules rouges. La reproduction sexuée du parasite, elle, s’accomplit dans l’organisme du moustique — l’anophèle n’est donc pas un simple porteur, mais un maillon obligatoire du cycle.

En France métropolitaine, le paludisme a été éliminé au cours du XXᵉ siècle, sous l’effet conjugué de l’assèchement des marais, de l’amélioration des conditions de vie et des traitements. Il reste en revanche endémique dans deux territoires français d’outre-mer, la Guyane et Mayotte. Aujourd’hui, en métropole, la maladie concerne presque exclusivement des cas importés : des voyageurs contaminés en zone tropicale, notamment en Afrique subsaharienne, qui déclarent la maladie à leur retour.

Faut-il s’inquiéter de l’anophèle en France ?

La réponse honnête est : non, pas dans l’immédiat, mais avec vigilance. Se faire piquer par un anophèle en métropole ne présente aucun risque de paludisme, pour une raison simple : le parasite ne circule plus localement. Sans Plasmodium dans le sang d’un hôte, le moustique ne peut rien transmettre.

Les scientifiques surveillent néanmoins un risque théorique de réémergence, qui supposerait la rencontre de trois conditions : des vecteurs compétents (présents), un climat favorable (de plus en plus), et l’introduction du parasite par des cas importés. Des travaux menés en Camargue ont conclu à un risque à ce jour minime, faute d’un nombre suffisant de cas importés dans ces zones. On surveille aussi le « paludisme des aéroports », ces rares contaminations survenant à proximité des plateformes aéroportuaires, dues à des moustiques infectés transportés à bord d’un avion.

Autrement dit, l’anophèle mérite qu’on le connaisse et qu’on le surveille, bien plus qu’il ne mérite qu’on le redoute au quotidien.

Comment s’en protéger ?

Les mesures sont les mêmes que pour les autres moustiques, adaptées à ses mœurs crépusculaires : supprimer les eaux stagnantes qui servent de gîtes, poser des moustiquaires aux fenêtres et au lit, et appliquer un répulsif cutané homologué aux heures d’activité. Pour les voyages en zone d’endémie (Guyane, Mayotte ou tropiques), la protection devient prioritaire et s’accompagne d’un traitement préventif médical : moustiquaire de lit imprégnée, vêtements traités et répulsif fortement dosé sont alors indispensables. (Voir notre dossier complet sur la protection contre les moustiques.)

Questions fréquentes

L’anophèle transmet-il le paludisme en France ? Non. L’insecte est présent, mais le parasite Plasmodium ne circule plus en France métropolitaine. Le paludisme reste toutefois endémique en Guyane et à Mayotte.

Le moustique tigre transmet-il le paludisme ? Non, c’est une confusion fréquente. Seuls les moustiques du genre Anopheles transmettent le paludisme. Le moustique tigre (Aedes albopictus) transmet d’autres maladies : dengue, chikungunya et Zika.

Comment distinguer un anophèle d’un moustique commun ? À sa posture au repos, abdomen dressé en oblique, et à ses ailes souvent tachetées. Le moustique commun se tient parallèle au support.

Le paludisme peut-il revenir en France ? Le risque est considéré comme minime aujourd’hui, mais il fait l’objet d’une surveillance, car les vecteurs compétents sont présents et le climat évolue.


Cette fiche est rédigée à partir de la littérature entomologique et parasitologique de référence et des données de Santé publique France. Notre approche s’appuie sur une formation en agronomie, en zoologie et en entomologie, avec une attention constante portée à l’exactitude des noms d’espèces et des faits.

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