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Le paludisme aviaire peut tuer les oiseaux des parcs zoologiques : exemple des manchots

Les zoos font souvent face à des problèmes sanitaires. Certaines maladies peuvent causer une forte mortalité sans prophylaxie mise en place. C’est le cas du paludisme chez les manchots.

Le paludisme aviaire bien que peu connu peut être une menace pour les oiseaux des parcs zoologiques et des élevages. Bien que la plupart soit résistant naturelle à l’infection, certains – comme les manchots – sont particulièrement sensibles. Dans un contexte de reproduction d’espèces menacées, il est primordial de lutter contre ces agents pathogènes. Car la reproduction et la survie des animaux en captivité est la condition pour la réussite de ces programmes. La prévention du paludisme chez le manchot est un exemple de challenge mis en face des vétérinaires des parcs zoologiques.

Quel est l’agent pathogène responsable du paludisme aviaire ?

L’agent pathogène du paludisme aviaire (ou malaria aviaire) qui touche les manchots en captivité est un protozoaire nommé Plasmodium relictum. Il est proche des microorganismes responsables du paludisme chez l’être humain. Cet agent pathogène unicellulaire est transmit aux oiseaux par des moustiques.

Si plusieurs espèces de Plasmodium sont responsables du paludisme chez l’être humain, le parasite qui touche les oiseaux ne présente aucun danger pour nous.

Pourquoi les manchots peuvent-ils en mourir ?

La sensibilité au paludisme est variable selon les espèces d’oiseaux. Certaines espèces n’expriment aucun signe au cours d’une infection. Pourquoi sont-elles résistantes ? Il s’agit d’espèces qui ont co-évoluées avec le parasite. D’autres sont plus vulnérables. Car il s’agit alors d’espèces qui ne connaissent pas ce parasite ou ne le rencontrent que rarement dans le milieu naturel.

Les manchots figurent parmi celles dont la mortalité est la plus importante en cas d’infection. Cette sensibilité naturelle proviendrait du fait que les manchots vivent dans des habitats où les moustiques sont rares voire absents. Le bord de mer et l’environnement salin et venteux du littoral seraient défavorables aux moustiques.

En captivité, le paludisme aviaire est l’une des principales causes de mortalité au sein des colonies de manchots gardées en parc zoologique. Certains établissements ayant parfois perdu tous leurs spécimens durant une flambée de malaria ! Ce problème touche aussi bien les parcs zoologiques en Europe qu’aux Etats-Unis. Le “réservoir naturel” des parasites est constitué par les oiseaux sauvages qui fréquentent les environs des établissements. Et la circulation des parasites entre oiseaux sauvages et oiseaux captifs se fait fréquemment grâce au vecteur.

Comment protéger les manchots du paludisme aviaire ?

Beaucoup de parcs zoologiques pratiquent des examens sanguins pour détecter chez leurs manchots la présence de Plasmodium. Il en va de même des centres de réhabilitation qui soignent en Afrique du Sud et au Chili les oiseaux autochtones qui attendent d’être remis en liberté. Et ces derniers sont souvent touchés par cette même maladie. Alors qu’au sein des populations sauvages le taux d’animaux touché par la malaria est inférieur à 1 %.

Une maladie souvent silencieuse

Il n’y a pas ou peu de signes avant-coureurs permettant de mettre en place un traitement curatif. En effet, la mortalité est forte et les pertes surviennent brutalement. Des oiseaux vifs un jour peuvent être retrouvés mort le lendemain matin. Ainsi les vétérinaires n’ont pas toujours le temps d’agir pour soigner efficacement les animaux malades. De plus, lorsque des symptômes apparaissent ils ne sont pas caractérisés du paludisme, mais ils sont communs avec de nombreuses autres maladies. Le tableau clinique n’est pas suffisant pour établir un diagnostic. Il faut avoir recours à une analyse de sang.

La plupart des cas de paludisme aviaire chez les manchots captifs dans l’hémisphère nord se produisent du mois de juin jusqu’au mois d’octobre. Il est donc nécessaire de baser la lutte contre ce parasite sur des actions préventives.

Notons que les jeunes manchots sont plus souvent victimes du paludisme que le sont les adultes. Une attention particulière doit être portée vers eux. Certains établissements choisissent de les retirer de la colonie pour les élever artificiellement et pouvoir ainsi les traiter préventivement.

Prophylaxie des colonies gardées en captivité

En captivité, deux procédures de prophylaxie sont généralement suivies avec les manchots :

  1. Rentrer les manchots pour qu’ils passent la nuit à l’intérieur d’un bâtiment,
  2. Traiter les animaux avec un antipaludéen durant la période à risque.

En effet, les moustiques vecteurs du parasite sont principalement à la recherche d’hôtes durant la nuit. Dans les parcs zoologiques qui ont menés des recherches le principal moustique capturé à proximité des colonies de manchots est Culex pipiens.

Dans certaines régions d’Europe, les moustiques ne sont pas présents durant une partie de l’année lorsque le temps est trop froid. Les procédures de prophylaxie peuvent être relâchées durant la période hivernale.

Analyses de sang régulières

Certains établissements procèdent à des analyses sanguines de routine, chaque semaine et traitent leurs oiseaux lorsque le parasite est identifié dans les prélèvements. Ceci permet de réduire l’incidence des traitements systématiques. Toutefois, il perdure une mortalité liée à cette maladie même si elle est réduite.

Bâtiments fermés

Enfin, certains établissements gardent leurs manchots durant toute l’année dans des bâtiments fermés. Il est également possible de couvrir les installations extérieures par des châssis couverts de moustiquaire. Ce mode d’élevage donne la protection maximale aux colonies gardées et évite de recourir à des traitements réguliers contraignants pour les soigneurs et stressant pour les oiseaux.

Traitement antipaludéen régulier

Le traitement des manchots implique de capturer régulièrement chaque individu pour lui donner sa dose médicamenteuse. Ceci est nécessaire si l’on souhaite s’assurer que chaque animal a reçu la dose appropriée d’antipaludéen. La capture régulière des animaux (une fois par jour à une fois par semaine selon les établissements) et le forçage pour leur avaler le poisson dans lequel le comprimé est placé génèrent du stress. De plus, cela n’est pas toujours efficace car les manchots connaissent naturellement des périodes de moindre appétit.

Lutter contre les foyers

Comme dans le cas de la lutte contre les vecteurs de maladies humaines, il est important de procéder à l’élimination des sites susceptibles de recevoir les pontes des moustiques et le développement des larves. Les points d’eau s’ils ne sont pas supprimés doivent être traités par des produits larvicides. La lutte biologique au moyen de Bacillus thuringiensis israelensis donne de bons résultats. L’ajout de petits poissons très robuste et peu exigeant comme la gambusie, peut aussi réduire les populations de larves.

Il faudra aussi veiller à éliminer tous les récipients pouvant retenir l’eau de pluie ou d’arrosage. La durée de développement des larves et l’envole des adultes est très raccourcie durant l’été.

Lutter contre les moustiques adultes

Enfin une lutte contre les moustiques adultes doit être menées. Si l’utilisation d’insecticides chimiques peut poser des problèmes au sein d’un établissement zoologique il est possible d’utiliser des pièges actifs pour capturer les moustiques.

Recréer un environnement défavorable pour les moustiques aux alentours des colonies de manchots est également une mesure supplémentaire à prendre.

Des ventilateurs ont été posés par quelques parcs zoologiques pour brasser l’air dans les enclos et recréer ainsi des conditions peu favorables au vol des moustiques.

Les moustiques adultes apprécient de se dissimuler dans la végétation dense. Certains massifs comme les haies de bambous, que l’on rencontre souvent dans les parcs zoologiques, sont appréciées de ces insectes. Il faut éviter ce type de plantations aux alentours des enclos à manchots.

Perspectives dans la lutte contre le paludisme aviaire

Des recherches sont menées afin de mieux connaître le comportement des vecteurs et d’adapter les traitements médicamenteux parfois compliqués à mettre en oeuvre et pas sans risque pour les manchots.

Mais les biologistes et les vétérinaires s’intéressent aussi à l’immunité de ces oiseaux. Les manchots qui survivent à une première infection de paludisme se montrent par la suite beaucoup plus résistants. Des essais sur un vaccin sont en cours et donnent des résultats encourageants.

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